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Discours du Gouverneur de la BCT à l'occasion de la présentation
des résultats du classement mondial annuel des sociétés de Fintech



Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un réel plaisir de prononcer l’allocution d’ouverture de ce séminaire de présentation des résultats du classement pour l’année 2017 des cent sociétés fintechs les plus innovantes dans le monde.

Je tiens à saluer cette initiative de partenariat entre le cabinet KPMG et l’Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers co-organisateurs de cet évènement qui arrive à un moment où les opportunités indéniables et les risques potentiels liés au développement des fintechs sont au cœur du débat à l’échelle mondiale et également nationale.

 

Mesdames et Messieurs,

Le rapport que KPMG publie depuis 2014, en collaboration avec la société australienne H2 ventures spécialisée dans le capital risque, est une contribution que j’estime importante à la compréhension et au suivi de l’activité de ces entreprises innovantes qui non seulement préparent la finance de demain mais également le commerce et l’économie du futur.

En effet, les domaines que sont l’intelligence artificielle, les interfaces de programmation applicatives API, l’internet des objets, la blockchain, les big data constituent autant de solutions innovantes qui ont le potentiel de changer le paysage économique mondial.

Si je me limite uniquement aux applications dans le monde des finances, celles-ci sont innombrables : mobile banking, crowdfunding, Insurtech, négociation à haute fréquence, robot advisory, monnaies virtuelles, regtech, suptech et j’en oublie plusieurs. La croissance exponentielle des montants levés par les fintechs passant de 928 millions de $ en 2008 à 24,7 milliards de $ en 2016 témoigne de cet engouement.

 

Mesdames et Messieurs,

Outre l’utilisation d’une approche multicritères qui renseigne sur le dynamisme des entreprises en question notamment les levées de fonds réalisées et le degré d’innovation, la méthodologie de ce rapport me paraît pertinente du fait qu’elle s’intéresse aussi bien aux entreprises déjà installées qu’à celles émergentes plus «disruptives».

Cette démarche correspond, à mon avis, au processus actuel de mutation des métiers de la finance où plusieurs business modèles peuvent cohabiter et où aussi bien la concurrence que la complémentarité avec les acteurs traditionnels ont leur place.

La participation active de l’APBEFT à l’organisation de ce séminaire me parait très opportune dans la mesure où elle conforte l’idée que les opérateurs « traditionnels » ont compris qu’ils ont réellement grand intérêt à se joindre à la révolution digitale en cours.

A la lecture du rapport, je note que 29 économies, industrialisées ou émergentes, figurent dans le classement avec une prépondérance de la Chine dans le haut du classement.

Je constate également avec plaisir que tous les continents sont représentés. Ainsi, trois entreprises africaines font partie de ce classement ; preuve des potentialités énormes de notre continent et que l’innovation est, avant tout, une question de volonté et d’intelligence.

Pour la Tunisie, j’ose espérer que des entreprises déjà existantes ou celles qui vont voir le jour sous la nouvelle loi sur les startups, vont figurer au niveau des classements que vous allez publier les années prochaines.

 

Mesdames et Messieurs,

Le rapport que le Conseil de Stabilité Financière a soumis à la réunion du G20 a défini les fintechs comme étant les innovations financières permises par les technologies et pouvant engendrer de nouveaux business modèles, des applications, des processus ou des produits avec des effets conséquents sur les institutions et les marchés financiers et la fourniture de services.

Cette vision me parait pertinente dans la mesure où elle met l’accent sur l’apport potentiel des technologies en tant que vecteur de changement et je dirai même de rupture.

Et même si la taille du secteur des fintechs reste encore modeste pour représenter une menace pour la stabilité à l’échelle mondiale, je rejoins l’analyse faite par le Conseil de Stabilité Financière qui estime que la rapidité et la vigueur avec lesquelles se développe le secteur font que la vigilance doit être de mise.

En effet, les risques opérationnels notamment ceux liés au recours à des partenaires externes, la cybercriminalité, les risques liés au blanchiment, l’émergence d’entreprises d’importance systémique dans le secteur des fintechs constituent, entre autres, des défis que les entreprises fintechs et les régulateurs se doivent de relever en vue de favoriser la résilience opérationnelle des fintechs tout en garantissant la protection des consommateurs.

 

Mesdames et Messieurs,

Consciente des énormes opportunités liées aux fintechs en matière de digitalisation et d’inclusion financière, la BCT est favorable au développement de ces entreprises mais elle reste, en tant que régulateur, attachée à une vision équilibrée dans laquelle les risques sont appréhendés de manière à préserver un fonctionnement sain du système financier tout en évitant d’inhiber l’innovation.

C’est pourquoi notre stratégie se base à la fois sur un leadership, un partenariat avec tous les acteurs en la matière mais également sur la nécessité d’assurer une veille qui est le propre de tout régulateur.

Pour ce qui est du partenariat avec les acteurs du secteur, la création récente par la BCT d’un laboratoire dédié à la blockchain est une occasion de développer une connaissance partagée avec l’écosystème pour mieux maîtriser ces nouvelles technologies, d’une part, et pour ne pas inhiber l’innovation, d’autre part.

Elle s’inspire des expériences des autres banques centrales qui ont mis en place des regulatory sandboxes, des hubs d’innovation, des accélérateurs ou des forums qui sont autant de modèles qui s’inscrivent dans le cadre d’une approche interactive permettant de tisser des liens étroits avec les startups spécialisées

En matière de leadership, l’organisation au cours du mois de mai prochain de l’Africa Blockchain Summit, évènement organisé avec Paris Europlace et une fintech locale, est un autre signal fort de la volonté de montrer le cap.

Cette conférence de haut niveau, qui regroupera les gouverneurs des banques centrales africaines, les institutions multinationales, les acteurs africains de la finance et les chercheurs, vise un dialogue et un échange d’expériences sur les avancées réalisées en matière de Blockchain.

Par ailleurs, le hackathon qui sera organisé à l’occasion de ce sommet permettra de concevoir des applications basées sur cette technologie et qui seraient utiles pour les banques centrales et les institutions financières du continent.

Dans le domaine de la veille, l’institut d’émission s’engage à renforcer la coopération et les échanges avec les autres régulateurs financiers et les autorités publiques notamment celles en charge de la sécurité des systèmes d’information. Tout sera fait pour que la transition se fasse sans préjudices pour la stabilité du système financier.

 

Mesdames et Messieurs,

Avant de terminer mon allocution, permettez-moi de citer plusieurs initiatives importantes pour réussir la transition digitale qui vont dans le bon sens.

En effet, nous travaillons activement pour finaliser les textes réglementaires nécessaires pour que les établissements de paiements ; introduits par la nouvelle loi bancaire, puissent démarrer leur activité dans les meilleures conditions. Cette nouvelle catégorie d’acteurs peut apporter une contribution que j’estime essentielle au développement et à la modernisation des paiements dans notre pays.

En outre, le projet de loi sur le crowdfunding va permettre le lancement de plateformes internet dédiées aux financements participatifs sous forme de dons, de prêts ou de participations.

Par ailleurs, la Banque centrale de Tunisie a élaboré une feuille de route fixant les orientations générales de la stratégie de « decashing» qui a pour objectif d’aider les autorités à développer un écosystème de paiements digitaux exhaustif susceptible d’améliorer l’inclusion financière, de conférer plus de transparence et d’efficacité aux systèmes de paiements et de réduire les coûts y associés et ce, grâce à la mise à niveau de l’infrastructure des paiements, la gestion des risques et la promotion de la culture financière.

A cet égard, l’amélioration de l’accès aux services financiers digitaux offerts, qui soient accessibles et sûrs, requiert une préparation de l’environnement légal et réglementaire pour ces services, laquelle nécessite forcément l’adhésion de toutes les parties prenantes à cet écosystème pour faire réussir la stratégie de « decashing ».

 

Mesdames et Messieurs,

C’étaient là quelques réflexions que m’a inspirées le thème de ce séminaire. Je vous souhaite plein succès à vos travaux et je réitère mon souhait de voir rapidement des entreprises tunisiennes dans ce classement. A cet égard, je propose à KPMG de créer un classement des fintechs pour la Tunisie ou pour la région, ce qui pourrait constituer un outil de suivi et un levier important pour le développement du secteur.

 

Merci pour votre attention.